Le drama Tipee 2021 : plateforme neutre ?

La semaine dernière l'émission Complément d'Enquête sur la téloche a diffusé une interview du patron de Tipee (Michael Goldman). Le sujet est de l'émission concerne les Fake News et le pognon qui gravite autour. Tipee est une plateforme de financement participative où tout un chacun peut créer une page pour demander de l'argent de façon récurrente aux utilisateurs.

Les propos qui font réagir sont les suivants :

"C'est parce que ce monsieur, qui n'a pas été condamné a priori, est sur le site que je peux dire à tous les autres : «Sachez que si vous êtes sur Tipeee et que vous n'avez pas été condamné par la justice, vous pourrez venir ici tranquillement, on ne vous foutra jamais dehors»"

-- Michael Goldman

Son associé ajoute

"Mon rôle, c'est d'accompagner toutes les paroles, pour qu'elles aient les moyens de débattre entre elles."

-- Jonas Mary

Et enfin ça se termine par un :

"J'assume tout ce qu'il y a sur le site, du plus antisémite au moins antisémite, du plus complotiste au moins complotiste"

-- Michael Goldman

Et ces propos sont en train de provoquer un raz de marée. Pourtant… ils me semblent absolument normaux et surtout logiques.

Par contre la formulation “J'assume tout ce qu'il y a sur le site…” me pose souci. J'aurai préferré qu'ils se retranchent uniquement derrière un “Je ne suis pas à même de refuser du contenu mais je souhaiterai que la justice soit moins tolèrante et plus réactive.”. Ça me semblerait un message plus clair.

Neutralité de la plateforme

La plateforme a décidé d'être neutre et de ne pas filtrer ce qu'elle accepte ou non. Du coup elle s'appuie sur les décisions de justice pour refuser/virer une personne.

Tant que la justice ne statue pas de la légalité d'un contenu d'un utilisateur, la plateforme ne prend pas d'initiative. Et je trouve que c'est un comportement plutôt sain.

Ils n'ont pas vocation à être un réseau social mais ils s'apparentent plus à un employeur. Et bon, un employeur qui choisit de ne pas embaucher (ou rémunérer différemment) certaines personnes selon des critères autre que techniques on apelle ça de la discrimination (racisme, sexisme, … j'en passe et des meilleurs) et là c'est bien moins vu.

Sur quel critère la plateforme devrait accepter/refuser un utilisateur ? Quand est-ce qu'un créateur de contenu devient conspirationniste ? Savoir tracer une ligne est un exercice au combien difficile qui prend parfois des années à la justice.

Les créateurs de contenus sur Youtube se plaignent de la censure exercée par Youtube, certains semblent prêt à subir en plus une (auto-)censure par Tipee ?!

Comme d'habitude il y a des cas extrèmes où forcément certains créateurs font leur business sur la fake news ou l'antisémitisme comme il est question dans l'interview, mais c'est à la justice de juger. C'est à la justice d'interdire ou non un créateur de contenu de diffuser ses propos.

Accepter la censure arbitraire d'une plateforme c'est devoir appliquer la politique et les choix moraux du patron de plateforme et de ses décideurs. Ça peut vite devenir problématique quand on se rend compte que certains choix fait par cette plateforme ne sont plus vraiment alignés avec ses propres convictions comme ça pouvait l'être à un moment.

Liberté d'expression : EU vs USA

C'est encore une fois un souci récurrent quand on parle de Liberté d'Expression. Il y a deux visions différentes qui s'affrontent :

  • “Absolument tout est permis” dans la vision USA.
  • “Il y a certaines limites à ne pas franchir” dans la vision Européenne.

Ce débat se rencontre régulièrement sur Internet où l'on cohabite souvent avec les citoyens du net provenant d'autres contrées. Est-ce que derrière la liberté d'expression je devrais être à même de faire l'apologie de certaines idéologies ? Et bien, j'ai beau avoir une culture énormément influencée par les USA je préfère largement notre vision européenne où certains messages n'ont pas à être proférés.

L'exode de Tipee

Bon du coup quelques créateurs de contenus se sont barrés de la plateforme, d'autres y restent parceque se priver d'une partie de leurs revenus c'est compliqué tout en poussant les gens à utiliser d'autres plateformes.

Bon ça part chez Patreon qui est une boîte usienne qui tente d'avoir une modération assez forte en bannissant les idées trop à droite et ce qui s'en rapproche. D'autres partent en favorisant Utip des ptits français spécialisés dans les contenus de vidéastes.

À voir ce qu'il se passera dans le temps.

Que cherchent ces utilisateurs mécontents ? Une plateforme qui pratique la censure sur les sujets qui les révulsent eux ? Il va falloir autant de plateforme que d'utilisateurs… Chacun a ses sensibilités.