Anatomie d'une Chute

Histoire : ūüĒó

Daniel part promener son chien et trouve son père gisant devant le chalet, inerte. L'homme est déjà mort.

Une enquète débute pour tenter de savoir s'il s'agit d'un accident, d'un meurtre ou d'un suicide. La mère est suspectée et débute alors un procès.

Ressenti : ūüĒó

Tout le battage médiatique autour du film m'a gonflé. J'avais pas envie de le voir mais finalement l'occasion est venue à moi. Je n'avais aucune idée du sujet du film et d'ailleurs vu le buzz et tout, je pensais qu'il s'agissait d'une critique sociale, mais en fait pas du tout.

Non, c'est un film plut√īt simple avec une id√©e elle aussi assez simple. Mais tout l'int√©ret du bousin c'est qu'en tant que spectateur, on est √©trangement ballot√© d'un camp √† un autre. La m√®re est-elle meurtri√®re ou bien c'est un suicide ? Et bien que le d√©but de l'histoire commence quelques instants avant la chute, on est pas pour autant omniscient. On a beaucoup d'√©l√©ments mais pas tous.

On ne sait pas. Les avocats ne savent pas, les juges ne savent pas. Du coup on est happé et on cherche les ptits indices, les incohérences, les motivations, les témoignages, les éléments à charges… C'est très cool. Le puzzle ne se délite pas et tient le spectateur jusqu'au bout.

La réalisatrice a choisi une réalisation sans fioriture, sans musique extradiégétique, de la mise en scène sans artifice ce qui tend à se rapprocher un peu d'un documentaire. Il y a même des extraites d'émissions de télévision renforçant cette impression de réalisme. À cela on rajoute des acteurs qui jouent super biens (franchement la mère et le gamin sont juste parfaits).

ma théorie et du coup spoil total

Bon. Donc la mère est acquittée et n'est donc pas coupable puisqu'il est décidé que c'est un suicide. Mais j'ai l'intime conviction qu'elle a tout de même tué son mari.

On a pas le fin mot de l'histoire et visiblement la réalisatrice ne souhaite pas le donner. D'ailleurs, c'est à mon sens une bonne chose que le doute persiste mais du coup j'ai envie de vous exposer ce qui me fait penser qu'elle l'a bel et bien tué.

Déjà, je ne pense pas qu'il y ait eu préméditation.

Dans la partie témoignages déjà il faut bien voir qu'il n'y a que 2 sources : la mère et le fils. La mère a été prise sur le fait de mentir en dissimulant la vraie origine de son bleu sur le bras. Elle a voulu passer sous silence la dispute de la veille.

C'est clair que c'est un gros handicap de commencer un proc√®s avec une violente dispute avec la victime 24h plus t√īt. Bon, ce mensonge, elle l'a tent√© pour se simplifier la vie et √ßa ne suffit pas √† la rendre coupable, mais √ßa indique que ses t√©moignages ne sont pas 100% fiables.

La seconde source est le fils. Lui aussi à tout à y perdre, il n'a déjà plus de père et là c'est sa mère qui est en jeu. Il est suffisamment mature pour comprendre les enjeux du procès. Il a lui aussi été pris à fournir un témoignage pas fiable (probablement involontairement mais quand même) concernant le fait d'entendre une conversation et non une discute malgré la musique en étant à un endroit précis de la maison. Ses témoignages sont donc aussi susceptibles d'être faux.

On a donc tout un proc√®s o√Ļ les t√©moignages sont donc potentiellement biais√©s et il n'y a malheureusement presque pas de preuve mat√©rielle tangibles.

On a quand même l'intervention du psy qui lui ne se base que sur ce qu'a bien voulu lui raconter le père. Il n'a au final pas grand-chose à apporter, si ce n'est que le père souhaitait réellement diminuer son traitement.

Du coup passons à ce qui me pousse à croire coupable.

Le proc√®s est en cours depuis un bon moment et bon globalement on sent que la m√®re est plut√īt en mauvaise posture. On a propos√© √† Daniel (le fils) de ne plus assister aux audiences mais ce dernier insiste en appuyant sur le fait qu'il est suffisamment mature pour tout encaisser. Une aide judiciaire est charg√©e de veiller √† ce que la m√®re ne tente pas d'influencer son fils depuis quelques jours. Leur relation √©tait plut√īt froide au d√©but mais maintenant que le proc√®s s'√©ternise et qu'on approche quand m√™me de la fin, Daniel lui demande s'il peut rester seul avec elle et donc d'√©loigner la m√®re.

Il en profite pour donner des aspirines au chien pour tester la théorie du suicide. Et au vu de l'état du chien il est tout tourneboulé.

L√†, il implore l'aide judiciaire qui d'abord lui indique qu'elle se doit d'√™tre neutre. Puis face √† l'insistance du petit elle finit par lui dire que d√©sormais la v√©rit√© n'a plus d'importance, c'est √† lui de d√©cider. Cette phrase est capitale bien qu'elle soit ambig√ľe et puisse √™tre comprise dans les deux sens. Perso, je pense qu'√† ce stade, le gamin a compris que le suicide est faux, l'exp√©rience avec le chien ne correspond pas aux r√©sultats esp√©r√©s (il allait pas risquer de buter son chien pour √ßa, il pensait qu'il serait groggy sans plus).

Du coup, implicitement il demande à l'aide judiciaire, s'il doit réellement témoigner CONTRE sa mère et donc la perdre elle aussi. Ou bien si au final la vérité importe moins…

Là, le montage coupe et on se retrouve au procès, à l'ultime témoignage du gamin qui influencera le verdict final. On peut imaginer que dans cette ellipse, il ait créé son témoignage avec l'aide judiciaire qui l'aiguille. Certe le gamin est pas con, mais la pertinence de son témoignage est vraiment exceptionnelle à tel point qu'il pourrait avoir bénéficié d'aide extérieure.

Je pense qu'il a √©t√© tourneboul√© par les √©v√®nements et que donc sa m√©moire lui a jou√© des tours. L'incoh√©rence de son t√©moignage au d√©but n'√©tait pas volontaire. Mais √† mi-film, on a une sc√®ne o√Ļ le p√®re et la m√®re sont au balcon du deuxi√®me (et non dans les combles au troisi√®me) et o√Ļ on sent que c'est de la grosse engueulade bien v√©n√®re et si je me souviens bien, il s'agit du point de vue du mioche. √áa correspondrait au moment o√Ļ il est re-rentr√© et il surprend la discute des parents.

Un autre détail qui me pousse dans cette direction c'est la mère qui à la fin annonce que bien qu'elle ait gagné son procès… bha elle a rien gagné. Elle pouvait perdre mais n'avait rien à gagner. Elle va devoir vivre toute sa vie avec la culpabilité d'avoir tué son mec, même si ce n'était ptet pas voulu et encore moins prémédité.

Et surtout elle a peur d'affronter son fils. Elle appréhende de rentrer à la maison. Elle se sait coupable et qu'elle ne doit son verdict qu'au témoignage de son fils qui connait la vérité. Elle a donc peur de devoir vivre avec ce mensonge envers son fils.

Et d'ailleurs une fois rentrée, ils finissent par se faire un calin mais c'est lui qui "englobe" sa mère et qui donc la protège et non l'inverse.

Et le plus fort c'est que malgré tout cela, je n'ai pas pour autant de preuve irréfutable. Il me semble d'ailleurs normale qu'elle soit acquittée. D'ailleurs je ne pense pas que de lui foutre de la prison ne serve à quoi que ce soit mais c'est un autre débat.

Voilà c'est un excellent film.

Ça montre une justice assez dure. Toute la vie privée de à suspecte est mise à nu, fouillée et retournée pour tenter de trouver des preuves. En plus de ça on a l'impression que l'avocat de la défense est horrible mais au final il ne fait que son boulot et tente réellement de trouver un coupable. Heureusement qu'il est tenace et vorace comme il est, mine de rien le but est de faire respecter la loi et de déterminer de la nature d'une mort non naturelle.

Ouai j'ai vraiment adoré.