Inception

Histoire ūüĒó

Cobb est habitué à s'infiltrer dans les rêves des gens pour leur soutirer des informations. Accusé d'avoir tué sa femme il a fui son pays mais reçoit une mission hautement dangeureuse mais qui pourrait lui permettre de rentrer chez lui.

Il monte donc une √©quipe de choc qui aura la lourde t√Ęche de parvenir √† insuffler une id√©e dans l'inconscient d'une victime par le biais des r√™ves.

Ressenti : ūüĒó

J'ai pas √©norm√©ment vu ce film. Et chaque fois que je le vois c'est avec quelques ann√©es d'√©cart. Du coup j'ai pas un souvenir complet de toute la trame, j'ai l'id√©e g√©n√©rale, les concepts principaux mais √† chaque fois j'en ai oubli√© des bribes plus ou moins important. Et √† chaque fois je red√©couvre ces √©l√©ments et je suis impressionn√© par ce film. Son histoire est clairement une Ňďuvre de g√©ni. J'ai tendance √† l'oral d'√™tre super enthousiaste sur des films que j'aime mais sans plus et √† utiliser beaucoup d'emphase. Mais ici, je le pense vraiment. Ce film est une merveille d'horlogerie avec tellement de concepts et de d√©tails qui en font un objet sacr√©ment complet.

C'est absolument pas réaliste mais super classe au tout début quand Leonardo s'infiltre avec son flingue avec un silencieux. Pour être le plus discret possible il ramasse au vol les douilles éjectées avant qu'elles ne touchent le sol. Le détail est marrant mais bon en vrai un silencieux ne permet pas de supprimer complètement le son de la détonation.

Dans les autres d√©tails que j'adore dans ce film c'est quand L√©o va chercher Tom Hardy mais il est pist√© et √ßa se transforme en poursuite dans les rues de Mombasa. L√©o court et au bout d'un moment se retrouve √† passer entre deux b√Ętiments presque coll√©s l'un √† l'autre au point o√Ļ il est compress√© entre les deux et passe tr√®s difficilement. C'est le genre de truc que je r√™ve souvent (enfin plus fa√ßon cauchemard je vous avoue) alors que √ßa se passe dans ce qui semble √™tre la vraie vie.

J'aime beaucoup comment l'ambiance sonore musicale est souvent assez diffuse. On a que tr√®s rarement des coupures musicales, c'est plut√īt des sonorit√©s longues et lancinantes qui s'estompent progressivement. √áa colle parfaitement au th√®me du film avec les r√™ves o√Ļ l'on navigue de sc√®nes en sc√®nes sans vraiment se rendre compte et sans transition particuli√®re quand on tente d'y repenser.

Le film est assez simple mais il est vrai qu'au final il ne prend pas sp√©cialement le temps d'expliquer tous ses concepts d'un coup. On a une ptite introduction au d√©but, puis de nouvelles r√®gles sont parsem√©es petit √† petit. √áa donne un peu l'impression de jouer √† jeu o√Ļ de nouvelles r√®gles sont expliqu√©es au fil du jeu. L√† c'est un peu pareil. C'est √† mon sens √† cause de √ßa qu'il a un peu la r√©putation d'√™tre complexe. Mais c'est une complexit√© due au fait que l'on ait pas toutes les cartes en main au premier visionnage. Une fois que l'on connait ses m√©canismes, le film n'est au final plus si complexe et est encore plus plaisant √† savourer.

Et même lorsqu'on connait toutes les mécaniques, le film reste très plaisant à voir du fait de sa timeline. Je parle pas de l'imbrication des rêves mais vraiment du déroulé de l'histoire. L'objectif de l'équipe ne nous est pas donné tout de suite. Au début on ne connait au final que la motivation finale de Cobb : pouvoir retourner aux USA pour voir ses gamins. Il accepte la mission à l'aveugle et cela ne nous est explicité que bien plus tard une fois que l'équipe est assemblée et que le plan est calibré. C'est une formule assez classique du film de braquage maintenant mais là c'est pas tout à fait ce genre de film à la base. Mais la formule s'applique super bien sur ce film et le rend diablement intéressant.

Le film est sacrément sérieux, les dialogues sont tous très fonctionnels, ça ne digresse pas, pas vraiment de très d'humour sauf à deux reprises. Lorsque Arthur pousse Ariane à l'embrasser (c'est la grosse blague du film) mais il y a un second ptit élément assez furtif. C'est Eames qui tente de grapiller du temps et donc affronte le plus de projections possibles. Il dégoupille une grenade qu'il envoie sur le hummer et là, il lève le pouce en l'air. Ça ne sert à rien si ce n'est pour faire une mini-blagounette. C'est à la fois assez étrange et pourtant ça marche si bien. Ce sont les 30 frames pour faire sourire. Comme quoi on peut ajouter des touches d'humour sans non plus faire les lourdeaux à la Marvel. Ça ne brise pas le rythme, ça ne désamorce pas une tension, ça ne rompt tout un travail fait en amont, prenez-en de la graine Kevin Feige.

Il y a quelques bouts de spoils dans ce que je vais continuer à raconter

Je continue dans les d√©tails sauf que celui-l√† je l'aime pas. Ariane a go√Ľt√© √† la cr√©ation mais a tr√®s mal v√©cu sa premi√®re exp√©rience o√Ļ elle rencontre Mal qui la tue. Cependant, elle rev√ģent pour pouvoir revivre ce sentiment de cr√©ation totale que lui permet "l'architecture de r√™ve". L√†, elle a le droit √† un ptit tuto par Arthur o√Ļ il lui explique des cr√©ations physiquement impossibles le sont dans les r√™ves et l√† on nous montre un escalier boucl√© sur lui-m√™me et donc infini. Effectivement on se rend compte qu'ils grimpent constamment et pourtant passent plusieurs fois au m√™me niveau. Et l√†, je ne sais pas pourquoi, ils bougent la cam√©ra pour montrer que c'√©tait un effet de perspective et que donc ce n'√©tait pas vrai. C'est ‚Ķ bha ‚Ķ heuuu ‚Ķ vous vouliez justement pas prouver que c'√©tait justement possible et non juste un artifice de perspective de point de vue ? Et le probl√®me c'est que √ßa arrive plus tard dans le film. C'est tr√®s dommage √ßa aurait √©t√© tellement bon s'ils avaient omis de monter la disjonction.

Ce film est bourr√© de sc√®nes ultras spectaculaires. Le train qui d√©boule en pleine ville, Paris avec ses ptites explosions, la baston dans l'h√ītel o√Ļ la gravit√© ne sait plus o√Ļ tomber puis si elle doit vraiment tomber, la promenade en ski. C'est souvent magnifi√© par l'emploi de particules plus ou moins grosses qui ne sont parfois que de simples gouttes de pluies ou bien carr√©ment des pav√©s qui s'envolent. Mais √ßa donne toujours une texture suppl√©mentaire dans l'image. √áa peut √™tre du gravier quand Yusuf fait des tonneaux ou juste la poussi√®re sur les rails tremblants‚Ķ Toujours des particules qui gigotent‚Ķ

La troisi√®me partie imbriqu√©e me fait immanquablement penser √† un jeu vid√©o alors qu'elle est inspir√© d'un James Bond. √áa a tout d'une map de jeu avec cet esp√®ce de ch√Ęteau brutaliste moderne, cette arm√©e de pnj tous habill√© pareil bon qu'√† se faire flinguer sans trop de difficult√©, le hummer √† chenille des neiges qui m√™me s'il existe (enfin peut-√™tre) semble sorti d'un jeu, toute l'action d√©lur√©e. √áa me rappelle des passages de RTCW ou bien de NOLF voir SHOGO, un peu tous ces FPS du d√©but des ann√©es 2000. Il faut dire que les niveaux pr√©c√©dents de r√™ve se devaient d'√™tre cr√©dible alors qu'ici, c'est assum√©, on est dans du r√™ve et on peut donc se permettre des folies et c'est pas non plus extravagant ou absurde. √áa semble sortir tout droit d'un esprit d'adulte biberonn√© √† des Ňďuvres de fiction de James Bond et compagnie et comme c'est tout justement un r√™ve d'un trentenaire/quarantenaire c'est parfaitement dans le ton. (ptain mais quel sc√©nariste !)

Bien évidemment j'aime beaucoup la fin. Tous les personnages se lancent des ptits regards sans échanger un mot. On a même pas spécialement d'élément qui nous indique si oui ou non leur mission a parfaitement réussie. Certe ils sont tous revenus sains et saufs mais on a pas de confirmation que l'inception a bien eu lieu. Le seul élément qu'on ait, c'est que dans le tout premier niveau de rêve, Fischer ait convaincu mais est-ce pour autant qu'il le sera hors des rêves ? Il y a toujours un risque que ça ne soit pas le cas. Bon cela dit, on s'en tape un peu, Saito a fait le nécessaire et Cobb peut rentrer sur le territoire donc de son point de vue la mission est un succès, ça sera à Saito de s'en contenter.

Bon, dans le film il y a l'histoire des objets totems. Ces ptits objets qui ne sont parfaitement connus que de leur possesseur est donc le moyen de savoir si l'on est dans un rêve ou non. Dans le cas de Cobb il s'agit de la ptite toupie. Et forcément à la toute fin du film on nous la met en train de tournicoter quand il voit ses gamins mais surtout on ne la voit pas s'arrêter, le film coupe avant. Est-ce la réalité, est-ce un rêve ? Fin semi-ouverte.

Bon c'est pas de moi, mais il s'avère que finalement cette toupie n'est pas son objet totem. C'est celui de Mal. Quand ils sont dans les limbes, c'est avec cet objet qu'il va instiller le doute dans l'esprit de sa femme : il va la faire tourner dans le coffre qu'elle avait choisi d'oublier. C'est lui qui la pousse à se suicider en ne sachant plus distinguer la réalité car il a touché son objet totem à elle.

Il sait donc mieux que quiconque que ces objets sont au final bien plus puissant que prévu et donc pose un risque plus grand que prévu. Ce serait donc particulièrement étonnant qu'il prenne le risque de laisser les autres savoir qu'il s'agit de son objet-totem. Alors que tout le monde sait que c'est sensible, par rapport aux autres il sait que ça peut mener à remettre en doute la réalité et donc pousser au suicide ("involontaire"). Un détail a été remarqué par des internautes et permettent d'attester que son objet totem est en fait tout autre.

Il s'agit d'un objet anodin que l'on voit à plusieurs reprises et qui n'est jamais mentionné et quasiment jamais montré frontalement. Vous remarquerez que je suis en train de jouer avec vous en ne le dévoilant pas tout de suite. Si vous vous souvenez du film vous êtes probablement en train de chercher ce que ça pourrait bien être. Si vous essayez pas, tant pis pour vous, moi j'ai déjà écrit et donc j'ai déjà plus rien à perdre. Voilà, je pense que je vous ai suffisamment titillé et je m'apprête donc à vous le révèler après ce brisage du quatrième mur à l'écrit. Cobb utilise sa bague comme objet-totem. Voilà voilà. Il existe des vidéos sur youtube qui expliquent tout ça.

Dans les références sympa il y a les noms de deux persos :

  • Cobb est une r√©f√©rence √† Henry N Cobb un architecte reconnu
  • Ariane aide Th√©s√© √† sortir du Labyrinth alors que celui-ci est pourchass√© par le minotaure (qui est du coup Mal)

J'aime bien ces deux r√©pliques dans deux genres diff√©rents. ‚ÄúDownward is the only way forward.‚ÄĚ ‚ÄúYou mustn't be afraid to dream a little bigger, darling.‚ÄĚ La premi√®re est de Cobb qui pousse son √©quipe √† continuer et √† s'enfoncer dans une nouvelle strate de r√™ve et la seconde pas bien loin quand Eames utilise un lance-grenade alors qu'Arthur se contente de mitrailleuse. Cette r√©plique est √† la fois mimi mais rappelle que ce sont des r√™ves et qu'ils peuvent manipuler cette non-r√©alit√© selon leurs d√©sirs et leurs besoins et qu'ils ont donc une certaine lattitude.

Tout est un régal dans ce film :

  • le concept foufou de r√™ver √† plusieurs, de les d√©clencher √† loisir, de les manipuler avec aisance, de les embo√ģter pour y d√©cupler le temps
  • l'histoire : manipuler les r√™ves d'une personne avec un plan b√©ton qui s'effrite petit √† petit et qui doit donc √™tre r√©adapt√© constamment pour parvenir √† manipuler la personne de mani√®re non violente.
  • les personnages sont tous bien diff√©rents et int√©ressants : Cobb et sa femme avec leur relation qu'on ne comprend vraiment qu'√† la fin, Ariane est comme le spectateur en train de d√©couvrir tous les concepts, Eames qui peut changer d'apparence dans les r√™ves alors qu'il ne fait qu'√©tudier les gens et leurs comportements, Yusuf qui se retrouve malgr√© lui embringu√© dans un truc qui le d√©passe, Saito qui lui veut absolument s'impliquer √† la fois pour s'assurer que tout se d√©roule comme pr√©vu mais aussi pour vivre une aventure, Arthur qui en plus d'√™tre plut√īt bon en castagne/panpan reste particuli√®rement astucieux quand c'est n√©cessaire.
  • Les acteurs sont parfaits : bon bha d√©j√† DiCaprio en r√īle principal c'est toujours un bon choix. Ils sont tous bien dans le ton et parfaitement cr√©dible.
  • visuellement c'est une tuerie : Christopher Nolan oblige il favorise les effets pratiques autant que possible sans pour autant omettre des effets num√©riques. Les lumi√®res sont somptueuses, l'image a un joli grain de pellicule, il y a souvent une mise au point l√©g√®rement imparfaite et de l√©g√®res aberrations chromatiques (j'adore cet effet, je plaide coupable).
  • la musique ‚Ķ bha c'est du Hans Zimmer, c'est pas finaud mais c'est on ne peut plus efficace. J'aime beaucoup ce que fait Hans Zimmer et pourtant c'est vrai qu'il devient tr√®s st√©r√©otyp√© mais faut avouer que c'est parceque m√©caniquement implacable.

Et dire que ce film n'est pas le meilleur de Nolan…

Ce film ressemble beaucoup √† Tenet dans sa forme : un concept fort, de l'action, de la r√©flexion mais il lui est tellement sup√©rieur. Pourtant √† la sortie d'Inception Nolan n'√©tait pas encore le r√©alisateur tout puissant qu'il est devenu au moment de Tenet. Il n'avait jusqu'√† pr√©sent sorti que des "petits" films et s'√©tait retrouv√© sur la trilogie Batman. Son seul "gros" film √©tait donc The Prestige qui n'a pas non plus superbement march√© (commercialement) et l√† Inception c'est donc son premier film vraiment personnel o√Ļ il a tout explos√©. C'est ce film qui m'a pouss√© √† explorer sa filmographie pass√©e et donc √† d√©couvrir Memento et Insomnia.