The Great Dictator

Histoire : 🔗

Alors que la première guerre mondiale s'approche de la fin, par un concour de circonstances, Charlot se retrouve à aider et s'enfuire avec un soldat "tomainien" (comprendre allemand). Leur avion se crash sans tuer ses deux passagers mais Charlot se retrouve à l'hopital avec une perte de mémoire.

Il fini par s'échaper de l'hopital où il résidait depuis vingt ans. Il retourne à sa ptite vie de barbier mais son quartier se trouve en plein ghetto juif et à la tête de son État se trouve Hynkel un dictateur antisémite.

Ressenti : 🔗

Un classique du cinéma que je n'avais jamais regardé encore. Et j'ai vraiment bien aimé.

Bon c'est du burlesque, ça gigotte et ça se bastonne gentiement mais il y a derrière une sacré prise de parole politique. Les autres films de Charlie Chaplie avaient souvent un ptit message politique mais c'était moins mis en avant. Là c'est frontal et c'est tout le propos du film.

Franchement c'est couillu de faire une telle satire en 1940. Mainenant c'est très simple de tourner en ridicule le nazisme mais en 1940 c'est une autre paire de manche. En plus le film n'a été démarré qu'au tout début de la guerre et il a d'ailleurs eu un impact sur l'opinion publique et a participé à l'entrée dans le conflit des USA.

Le film n'est pas muet. C'est d'ailleurs le premier de son réalisateur avec du son et donc des paroles. On sent que son personnage est un peu sur la retenue encore pour les dialogues. C'est tout un nouveau langage de cinématographie qui est à créer et que ça se cherche et que ça tatonne. Et je dois avouer qu'avoir enfin de la parole me rend le film beaucoup plus attrayant.

Il y a un truc tout con mais qui m'impressionne et que j'avais déjâ remarqué dans ses autres films c'est les moyens techniques pour les machines. Je trouve ça assez fou qu'ils construisent des machines fonctionnelles pour quelques courtes scènes. Là, au début, il y a une grosse bertha qui parait fonctionnelle avec des gens qui la manipulent et tout. Le truc est immense, les acteurs interagissent avec, ça donne vraiment pas mal de crédibilité à l'engin. À peine plus loin, Charlot grimpe sur une DCA où il fait des acrobaties. Encore une fois c'est impressionnant à voir. Il y a aussi la scène de l'avion qui est très cool. Bref, ils se donnaient vraiment du mal et près d'un siècle plus tard même un profane, comme moi, est bluffé.

Je me suis bien marré. Certains gags sont trés cons mais font mouche à tous les coups. Notamment la rencontre de Mussolini et Hitler qui tentent de se serrer la main et de faire le salut hitlerien. La confrontation des deux est mon passage préferé.

Il y a aussi une autre scène où ils ont besoin de désigner un martyr qui devra se sacrifier. Les six personnes se retrouvent à devoir manger chacun un ptit gateau dont un est piégé avec une pièce qui déterminera le malheureux. La tension monte, tous les stratagèmes sont bons pour tenter de filouter les autres en dissimulant/bouffant/refilant la pièce. Vraiment très drôle. ^__^

Bien que le film soit une grosse comédie, il se termine par un discours sérieux et ininterrompu en face cam. Ce discours est toujours d'actualité (plus qu'il y a 50 je trouve) et le sera malheureusement pour encore très longtemps.

Le discours

« Je suis désolé, mais je ne veux pas être un empereur. Ce n'est pas mon affaire. Je ne veux gouverner ou conquérir personne. Je voudrais aider tout le monde si possible. Juif—Gentil—Homme Noir, Blanc. Nous voulons tous nous entraider, les êtres humains sont comme ça. Nous voulons vivre du bonheur de l'autre. Pas par la misère de l'autre. Nous ne voulons pas nous haïr et nous mépriser. Et ce monde a de la place pour tout le monde, et la bonne Terre est riche et peut subvenir aux besoins de tout le monde. Le mode de vie peut être libre et beau, mais nous avons perdu le chemin. L'avidité a empoisonné l'âme des hommes, a barricadé le monde avec la haine, nous a fait plonger dans la misère et l'effusion de sang. Nous avons développé la vitesse, mais nous nous sommes enfermés. Les machines qui nous donnent l'abondance nous ont laissés dans le besoin. Notre connaissance nous a rendus cyniques. Notre intelligence, durs et méchants. Nous pensons trop et ressentons trop peu. Plus que des machines, nous avons besoin d'humanité. Plus que de l'intelligence, nous avons besoin de gentillesse et de douceur. Sans ces qualités, la vie sera violente et tout sera perdu. L'avion et la radio nous ont rapprochés. La nature même de ces inventions réclame la bonté des hommes, réclame la fraternité universelle, l'unité de nous tous. En ce moment même, ma voix atteint des millions de personnes à travers le monde - des millions d'hommes, de femmes et de petits enfants désespérés - victimes d'un système qui fait que les hommes torturent et emprisonnent des innocents. A ceux qui peuvent m'entendre, je dis : ne désespérez pas. La misère qui est maintenant sur nous n'est que le passage de l'avidité - l'amertume des hommes qui craignent la voie du progrès humain. La haine des hommes passera et les dictateurs mourront, et le pouvoir qu'ils ont pris au peuple reviendra au peuple. Et tant que les hommes mourront, la liberté ne périra jamais. ...

Soldats ! ne vous livrez pas à des brutes, des hommes qui vous méprisent, vous asservissent, qui régissent votre vie, vous disent quoi faire, quoi penser et quoi ressentir ! Qui vous éduquent, vous nourrissent, vous traitent comme du bétail, vous utilisent comme de la chair à canon. Ne vous donnez pas à ces hommes contre nature – des hommes-machines avec des esprits et des cœurs de machine ! Vous n'êtes pas des machines ! Vous n'êtes pas du bétail ! Vous êtes des hommes ! Vous avez l'amour de l'humanité dans vos cœurs ! Vous ne détestez pas ! Seuls les mal-aimés haïssent - les mal-aimés et les contre nature !

Soldats ! Ne vous battez pas pour l'esclavage ! Battez-vous pour la liberté ! Au chapitre 17 de Saint Luc, il est écrit : « le Royaume de Dieu est dans l'homme » — non pas un homme ni un groupe d'hommes, mais dans tous les hommes ! En vous ! Vous, le peuple, avez le pouvoir, le pouvoir de créer des machines. Le pouvoir de créer du bonheur ! Vous, le peuple, avez le pouvoir de rendre cette vie libre et belle, de faire de cette vie une merveilleuse aventure. Alors, au nom de la démocratie, utilisons ce pouvoir, unissons-nous tous. Luttons pour un monde nouveau, un monde décent qui donne aux hommes une chance de travailler, qui donne un avenir à la jeunesse et une sécurité à la vieillesse. Par la promesse de ces choses, des brutes ont accédé au pouvoir. Mais ils mentent ! Ils ne remplissent pas cette promesse. Ils ne le feront jamais ! Les dictateurs se libèrent mais ils asservissent le peuple ! Maintenant, battons-nous pour tenir cette promesse ! Luttons pour libérer le monde, pour éliminer les barrières nationales, pour éliminer la cupidité, la haine et l'intolérance. Luttons pour un monde de raison, un monde où la science et le progrès feront le bonheur de tous les hommes.

Soldats ! Au nom de la démocratie, unissons-nous tous ! »

Un excellent film avec un propos encore actuel et très drôle.